Gagner des âmes : Apostolat aux XVIIe et XVIIIe siècles

Le but premier des Ursulines du XVIIe siècle est de gagner des âmes, d’enseigner le dogme chrétien mais aussi de faire des jeunes filles qui leur sont confiées, de bonnes mères de familles et de bonnes épouses, vertueuses et pieuses et qu’elles prennent conscience de leurs responsabilités dans la société et la famille.

Il existait deux modes d’enseignement dans presque tous les couvents : Il y avait d’un côté le pensionnat, réservé aux filles des bonnes familles, qui était payant, et de l’autre côté les classes externes, ouvertes à toutes quatre à cinq heures dans la journée.

Le couvent, très souvent construit à partir de rien, prévoit une séparation entre les lieux de vie des religieuses, des pensionnaires et des externes qu’elles aient chacun leur espace tout en ayant le même rythme de vie au sein de la clôture. Les pensionnaires avaient leur dortoir qui dépendaient de leur classe, pour structurer les niveaux et chaque classe avait sa même table.

Vue générale de la communauté et de l'établissement des Ursulines de Morlaix en 1904, avec leur logo en haut à gauche, 100x82, 1904, n°105

Ce couvent fait partie des plus grands ensembles du XVIIe siècle construit par l’Ordre et fait partie des rares couvents d’Ursulines à être récupéré par les sœurs après la Révolution et l’expulsion de 1907 (Combisme). Il est typique de l’organisation des Ursulines avant la Révolution.

La majorité des bâtiments datent du XVIIe siècle. La grande chapelle date de 1661. La partie perpendiculaire au cloître (côté gauche) correspond au Foyer et a été construite en 1878, pour répondre aux besoins d’expansions scolaires et a permis de sauver l’école à la sécularisation (1904).     

Elles étaient entre 18 et 20 par classe et étaient séparées selon leurs capacités et leur âge, chaque section vivant ensemble presque exclusivement. On apprenait au XVIIe les quatre parties de la doctrine chrétienne dans les premiers temps, mais aussi à lire, écrire, jeter (compter) et à cela s’ajoutait les travaux manuels et les ouvrages. Il y avait dans certains couvents une grande importance au latin, d’abord parce que les Ursulines latinistes étaient issues de grandes familles qui donnaient une priorité à l’éducation du latin, ensuite parce que certains parents le demandaient, sans que ce soit systématique dans tous les couvents et en tout temps. Tout était fait pour que les jeunes filles confiées deviennent de parfaites chrétiennes qui puissent à leur tour catéchiser leurs enfants et leur entourage.

Légende : Abrégé de la Doctrine Chrétienne de 1700, recopié en 1810. Ursulines d’Angers.

Ce système de vie couvent-école où les pensionnaires vivent dans le couvent suit l’évolution directe de l’éducation des élites au Moyen-Age, toujours en place à l’arrivée des Ursulines. Mais très vite, ce mode d’enseignement conventuel va évoluer pour correspondre davantage aux demandes des parents des pensionnaires.

Les Ursulines s’adaptent à leurs siècles. Au XVIIIe siècle, siècle des lumières, elles font évoluer leurs enseignements. La plupart de leurs pensionnaires vont retourneront dans le monde après leur séjour aux Ursulines. Ces dernières ne peuvent donc logiquement pas les couper totalement des modes du dehors. L’enseignement se diversifie alors. On apprend toujours à lire, écrire, compter et toujours le catéchisme et les ouvrages, mais on y ajoute l’histoire et la géographie, la zoologie et la botanique.

Le siècle voit également fleurir des manuels d’éducation écrits par des ecclésiastiques ou des intellectuels de ce temps. Les Ursulines les utiliseront parfois mais elles préfèrent créer les leurs, leur permettant de prendre leurs aises dans leurs enseignements.

Manuels

En dehors de ces cours, les Ursulines donnent une grande importance au goût de l’effort, la responsabilisation et au soin des pensionnaires. Elles donnaient très peu de punitions, qui n’étaient pas recommandées. L’époque était au châtiment physique pour punir, mais les religieuses n’y sont pas encouragées. Elles préfèrent d’autres méthodes plus douces et persuasives pour l’élève. Leurs règlements et la Règle de Sainte Angèle leur demandent de faire preuve de compassion, de tendresse, d’affabilité et de respect. Leurs enseignements sont méthodiques et progressifs. On apprend au fur et à mesure à former les lettres, on nomme des chefs de rang parmi les élèves, on suit la progression de l’élève et on la fait changer de classe quand elle est prête.

Les Ursulines prennent soin de la santé de leurs pensionnaires. Les sœurs converses et tourières ont soin de leur chauffer les lits en hiver, de laver le linge régulièrement, de bien les nourrir et de bien les soigner. En comparaison avec le pensionnat de la Maison royale de Saint Cyr, créé par Madame de Maintenon pour les filles de la noblesse désargentée, le taux de mortalité des Ursulines est beaucoup plus bas. On compte en moyenne sur cinquante ans 2 à 4 décès chez les Ursulines contre une trentaine à Saint Cyr sur la même période.

Emploi du temps type d'une pensionnaire des Ursulines au XVIIe siècle d'après les "Reiglements" de 1652